Transition emploi retraite

Vous avez dit : transition ?

« Quel est l'animal qui marche sur 4 pattes à l'aube, 2 pattes durant le jour, et 3 pattes le soir ? »

Vous connaissez l’énigme du Sphinx… et vous connaissez la réponse ?

En effet, cet animal, c’est l’homme.

L’aube, le jour et le soir représentent les 3 âges de la vie.

Parce que la vie a été longtemps perçue comme bâtie sur trois temps : l’enfance, l’âge adulte (ou partie active de la vie) et la vieillesse.

Or, on voit bien qu’aujourd'hui les choses sont plus complexes. En particulier, le jeune retraité ne ressemble pas au vieillard décrit par Cicéron — dans son Savoir vieillir, écrit en 45 avant notre ère.

La transition entre la vie dite active et la retraite est aussi difficile à assumer que le passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Sphinx ages de la vie


Vous avez dit « transition » ?

Mais qu’est ce c’est, une transition ? me demande Charlotte.

Une transition, ma chérie, c'est le « Passage d’une situation à une autre, comportant une origine et une fin plus ou moins floues. » La transition, c’est à la fois une question de temps, de lieu et de transformation.

La transition retraite c’est :

  • la sortie de l'espace professionnel (le lieu) au cours d’un processus
  • qui va s’étendre de quelques mois à quelques années (le temps) selon les personnes, les emplois et le contexte.
  • C’est une transformation drastique de la vie des gens qui traversent cette transition.

Des secousses violentes de 3 sortes

Chez toute personne normalement constituée, cette transition va produire plusieurs secousses d’ordre mental qui peuvent parfois être violentes. Trois questions de fond se posent à chacun de nous au moment de la transition.
1

La question de l’identité

Qui suis-je ?

Avant j’étais cadre de la métallurgie, infirmière, boulanger, journaliste, prof’… technicien de laboratoire, pilote de ligne…

Et aujourd'hui ?

En tant que retraité, je suis un bleu, un débutant et je ne sais plus quelle est mon identité. Et en plus, aux yeux des autres, je suis un « plus bon à rien », un « qu’il faut entretenir ». Ce que l’on appelle la reconnaissance sociale prend un sérieux coup dans l’aile. Pareil pour l’estime de soi et le sentiment d'efficacité personnelle. D’inefficacité, devrais-je dire, et d’inutilité.

En quittant son activité professionnelle, chacun perd une part importante de son identité sociale et personnelle. Certains jeunes retraités ont le sentiment que leur expertise professionnelle, tout-à-coup, n’est plus reconnue. Et c’est assez douloureux à vivre.

J’ajoute un truc : les tensions que l’on vit avec un patron, un manager, un client, le directeur du service d’à côté, etc. nous font réagir, nous transforment dans notre relation aux autres. Ce sont des transformations de notre identité, de notre personnalité — certes plus ou moins profondes, mais des transformations quand même.

Les tensions, les déséquilibres, les moments de crise dans notre trajectoire professionnelle mais aussi personnelle forgent ainsi notre identité. Ce que nous sommes au moment de préparer sa retraite.

Saura-t-on affronter cette nouvelle tension qu’est la transition retraite ?

J’en arrive à mon 2ème point :

2
La capacité à sortir de la routine

La plupart des transitions nous mettent au défi de quitter un lieu ou une situation que nous connaissons bien.

Ce n’est pas tout.

Elles nous mettent aussi au défi d'agir habilement dans une situation inhabituelle. Ce qui demande d’acquérir de nouvelles compétences sociales, cognitives, voire professionnelles, et l’énergie nécessaire pour accomplir tout cela. Pas évident !

3
Donner du sens

Pour ne pas se perdre dans un univers kafkaïen ou ubuesque, dans ce nouvel univers qui ne nous offre pas encore de repères, il est impératif d’y trouver du sens.

Sinon on devient fou ou désespérément dépressif.

La transition retraite, c’est le cheminement par lequel le futur retraité va réorienter sa vie, organisée jusque là autour du travail, vers une vie centrée sur d'autres sphères d'expérience.

Construire du sens pour comprendre ce qui nous arrive et vers où nous souhaitons aller.

La ligne bleue de l’horizon


Pour construire le sens, pour construire son futur, on ne peut faire autrement que de s’appuyer sur son passé. Et il y a souvent des dissonances entre notre expérience passée et notre expérience au moment de la transition.
Une dissonance, Charlotte, c'est comme en musique, quand ça sonne faux et que c'est désagréable à l'oreille. Je veux dire par là que ce n'est pas parce qu'on a rêvé d'un truc qu'à la retraite forcément on va le faire. Ce n'est pas parce qu'on faisait des additions de comptable toute la journée que à la retraite on a envie de continuer.

Il n'y a pas toujours des dissonances, mais c'est de l'ordre du possible. Il ne faudra pas s'étonner si elles sont là.

Pour gérer ces dissonances, nous allons faire du bricolage (le bricolage est un terme de sociologue, pas juste de Casto).

Nous allons utiliser nos représentations du monde, des gens et des choses pour bricoler entre continuité et changement. Nous allons mettre à l’épreuve nos valeurs et notre éthique personnelle pour retrouver de la cohérence.

Avec — comme ligne d’horizon — un équilibre satisfaisant dans notre nouvelle situation de retraité.

La transition retraite est un moment d’exploration des possibles, un moment où l’on fait des essais, pour voir, pour savoir. Cela se solde parfois par des échecs. Mais qui ne tente rien, n’a rien, disait ma grand-mère. Du coup, ce sont aussi des périodes de grande incertitude.

Si certains réagissent plutôt bien, pas mal de gens sont assez peu tolérants à l'incertitude et à l'ambivalence, si bien que ces moments sont parfois des périodes de stress ou de remise en question.

La retraite d’aujourd'hui n’est pas celle de nos parents

La retraite d’aujourd'hui n’est pas celle de nos parents. Ce qui est à la fois une opportunité et une difficulté.

Autrement dit, avant il y avait un modèle : le modèle des anciens.

  • La retraite, on y parvient après une vie active. Quand on arrive à la retraite, on est fatigué. On accède à une période de repos bien mérité. Pêche à la ligne et tout ce qui s’ensuit.

Mais voilà.

(petit a) Aujourd'hui on vit bien plus longtemps. On va passer en moyenne 20 à 25 ans de plus que nos grands parents à la retraite.

Et (petit b) au moment de la transition, on est encore en assez bonne forme physique et intellectuelle.

Alors, même si le repos est bien mérité, on a encore du punch et du dynamisme. Et la pêche à la ligne (c'est une image… pas une critique !!) n'est plus la seule façon de vivre sa retraite.

Du coup, on n’a pas de modèle sur lequel s’appuyer. Il y a toujours des choix à faire, des buts à redéfinir. Nos vies sont plus que jamais des parcours hasardeux, traversés par de fortes incertitudes, où triomphent les bifurcations, les carrefours et, parfois, des culs-de-sac.

Pourtant la société nous confine dans ces représentations : aller à la pêche, tricoter pour ses petits enfants, faire du bénévolat. C’est ce que la société attend de nous… tout en sachant bien que nous avons des savoir faire et des expériences qui peuvent être profitables à la société.

Paradoxe quand tu nous tiens. Et ça ne va pas nous faciliter la vie pour sortir de ces stéréotypes d’un autre temps.

Mais, l’âge de la transition retraite amoncèle une grande expérience de la vie. Une transition s'inscrit toujours dans un parcours de vie. La transition retraite n’est pas la seule que nous ayons vécue. Et c’est tant mieux.

Du coup, comme il n’y a pas de modèle, chacun a la liberté de fabriquer le sien.

Ressources

Vivre sans but, c'est naviguer sans boussole (John Ruskin)

Pour nous faciliter la transition retraite nous avons des ressources. En voici 5 sortes.

1
Les ressources institutionnelles

Les dispositifs institutionnels offerts par la CNAV, les caisses de retraite, la DRH de votre entreprise

2
Les proches

Dans votre entourage familiale, dans votre réseau relationnel vous allez trouver des soutiens : soutien moral ou opérationnel.

3
Les pairs

Vous partez bientôt à la retraite. Parmi vos collègues il y en a d’autres qui préparent leur pot de retraite. Vous en connaissez aussi qui sont partis il y a peu. Faites les parler. Qu’ils vous racontent leur expérience.

4
Les outils médias

Aujourd'hui, il est très facile d'accéder à des informations grâce notamment à Internet. Et généralement c’est gratuit. Il suffit de chercher.

5
Les ressources de votre expérience personnelle

Vous avez vécu un certain nombre de transitions au cours de votre vie, professionnelles, amoureuses, et bien d’autres. Faites en des ressources. A travers ces expériences, vous aurez appris à comprendre ce qui vous arrive et vous saurez rechercher les ressources qui vous sont nécessaires.

6
Un petit bonus

Puisque vous êtes sur ce site… Boom-generation.com vous offre des ressources : des témoignages, des analyses et de la méthode, des livrets de la collection MEMENTO, un livre, des ateliers, et bien d’autres choses.

Construire sa nouvelle vie


Chat mignon facebook


Maintenant que nous connaissons nos ressources, nous pouvons commencer à construire.

La transition, ou disons, la construction de sa nouvelle vie passe par trois étapes successives mais un peu concomitantes aussi !

Charlotte, enfin ! concomitantes ça veut dire que ça n'est pas totalement l'un après l'autre, c'est un peu simultané aussi.

  1. L’anticipation des changements :
    • Charlotte, tu fais un peu de futurologie dans ta tête, tu imagines ce que ces changements peuvent être.
  2. Des efforts d'accommodation pour accepter, s’approprier ces changements, surmonter le sentiment d'étrangeté qui les accompagne
    • eh oui, ma chère Charlotte. Il faut apprivoiser ces changements, jouer avec eux comme avec les petits chats si mignons de facebook…
  3. La stabilisation avant la constitution de nouveaux « allants-de-soi » :
    • une fois que la nouveauté n'est plus une nouveauté, et bien Charlotte tu pourras dire à nouveau : ben, ça va de soi ce truc !!

Rituellement, la sortie du monde du travail et de la vie sociale publique est marquée par un pot de départ, une petite fête. Ce qui est rarement suivi d'un rituel « d'entrée » dans la période qui lui succède… Dommage parce que cela aiderait peut-être — au moins symboliquement — à se construire ou simplement à trouver un sens à sa nouvelle vie.

Je n’ai pas dit que c’était facile de passer d’une étape à une autre, de procéder à des choix, à des négociations avec soi-même, à des renoncements, des doutes. N’oubliez pas qu’il y a aussi des rencontres, qu’il y a également des espoirs. Et l’espoir fait vivre (ma grand-mère déjà disait cela).

Créativité et imagination

Créativité et imagination sont nécessaires à la définition de nouveaux choix, projets, activités, relations, etc.

* Il y a ceux qui ont l’intention de faire de la reliure, ceux qui veulent apprendre le chinois et aussi ceux qui vont surement s’inscrire à un cours de cuisine créative.

* Ceux qui vont suivre des conférences sur l’industrie de l’huile d’olive dans la Méditerranée antique. Ou bien s’inscrire au MOOC « À la recherche du Grand Paris ».

* Il y a encore ceux qui veulent rejoindre une association de soutien. De soutien aux réfugiés ou d’aide aux devoirs de nos chers petits.

* Il y a également ceux qui veulent renouer avec le militantisme de leurs jeunes années. S’engager dans un mouvement de défense de quelque chose : la qualité de vie de leur quartier, les victimes du Levothyrox, contre la hausse de la CSG sur les pensions de retraite.

* Il y a ceux qui vont enfin pouvoir s’occuper sérieusement de leurs petits enfants.

Et vous, c’est quoi votre moteur ? Ce qui vous tire en avant pour construire votre nouvelle vie ?