Cote Antrim retraite GB fonds de pension

Fonds de pension : tout ce qui brille n’est pas or

Je reviens d’une semaine de vacances au Royaume-Uni.
C’était super.
Merci !
J’ai vu des tas de choses.

Pour être plus précise, j’ai découvert Belfast et l’Irlande du Nord.
Les magnifiques paysages, la très surprenante côte d’Antrim avec les marches des géants (sur la photo), et la longue et terrible histoire des relations entre protestants et catholiques qui n’est pas seulement une affaire de religion. Merci Monsieur Cromwell.

J’ai découvert aussi les nouveautés britanniques à propos des caisses de retraite.

Il n’y a pas que chez nous…

« De nombreux actifs sont inquiets : ils ne pourront peut-être jamais partir à la retraite ! »

C’est ce titre de journal qui a attiré mon attention. Il faut dire que le système britannique de retraite n’est pas du tout comme le nôtre.

En France, les actifs cotisent pour la retraite en fonction de leur salaire, de leur revenu professionnel. Ce qui leur donne droit à une pension calculée sur la base de leurs revenus : autrefois sur les 10 meilleures années (dans le secteur privé), aujourd'hui sur les 25 meilleures années… ce qui est largement moins favorable. Mais c'est quand même un système par répartition.

Le gouvernement britannique a mis sur l’agenda en 2012 une politique d’épargne retraite obligatoire qui sera étendue à toutes les entreprises, même aux particuliers qui emploient une nounou, en 2019. Cette politique a pour nom « automatic enrolment into workplace pensions ».

Automatic enrolment (inscription automatique) exprime l’obligation qui est faite aux employeurs d’opérer un prélèvement sur chaque salaire, pour l’investir dans une "caisse d’épargne retraite".
Les salariés pourront obtenir les fonds à l'âge de 55 ans. En attendant, l'argent est investi.

Quelle ambition pour cette épargne retraite obligatoire en GB ?

La politique « automatic enrolment into workplace pensions » a-t-elle pour but de remédier au système antérieur qui produisait des retraites à 2 vitesses avec des retraités très pauvres ? Sans doute…

Comme le Canada Dry, ça ressemble à une bonne retraite, c’est doré comme une bonne retraite… mais ce n’est pas…

Pourquoi ?

Coté face, tout salarié pourra bénéficier d’un complément à la pension de retraite que lui verse l’Etat parce qu’il aura épargné sur son salaire. Coté pile…
Combien d'argent les salariés d’aujourd'hui auront-ils dans leur cagnotte quand ils prendront leur retraite ?

Tout est dans le workplace pensions (pension du travail). Ces caisses ont pour nom The People's Pension, NEST, Smart Pension ou NOW Pensions.

Si l’on y regarde de plus près, on découvre que Smart Pension, par exemple, est lié à Apex Fund Services, une multinationale d'administration de fonds et à L & G Investment Management, société financière d’envergure internationale.

Ce que l’on a appelé en français : les fonds de pension

Vous vous rappelez ? En 2008, la crise financière qui a débuté aux USA ? La financiarisation de l’économie, les bulles spéculatives, tout ça, tout ça ! Et tous ces pauvres gens qui se sont retrouvés sans logis à ne pouvoir rembourser ces emprunts toxiques…

La question « Combien le salarié aura-t-il dans sa cagnotte » revient à demander : quelle aura été la performance des fonds d’investissement et dans quelles conditions le salarié va-t-il récupérer sa mise ?

Le rendement sur les 3 ou 4 premières années est élevé. C’est bon signe, me direz-vous. Oui… étonnamment élevé.

Tout ce qui brille n’est pas or

Prenez NEST (le nid, en français), ce gigantesque régime de retraite créé par le gouvernement britannique,.

NEST collecte l’argent des salariés qu’il investi dans l'un des 47 « fonds de retraite », en fonction de l’âge et de l’appétence pour le risque du salarié. Par exemple, puisque Peter a le gout du risque, il s'engagera dans le fonds trucmuch' qui peut gagner beaucoup mais aussi chuter violemment. John, lui, est plutôt pépère. Il s'engagera dans le fonds machin'chouette sans grand risque de perdre mais avec un très faible taux de rendement. Impair, passe et manque…

Il y a un fonds vert (écolo, quoi !), un fonds « éthique » et même un fonds « charia ».
Le fonds « charia » est ouvert à tous, pas seulement aux musulmans. Le fonds « charia » n'investit que dans des entreprises conformes à la charia donc hors secteur alcool, tabac, services financiers, pornographie, armes, porc, loisirs etc.

Non je n'ai rien inventé, juste traduit… (ça et ça aussi et d'autres)

E-N-O-R-M-E !
Et bien, entre 2012 et 2015, NEST a fait 38% pour le fond écolo et 34% pour le fonds « charia » !

C'est peut-être trop beau pour durer… n'est-il pas ? Enfin peut-être pas pour les actionnaires des multinationales financières qui font travailler l’argent des salariés, via NEST.

Et pendant ce temps là, le montant minimum obligatoire que doit verser un salarié est passé de 2% au début du programme, à 5% en octobre 2017. Il atteindra 8% du salaire en octobre 2018.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

L'inscription automatique, comme ils disent, dans ces « caisses de retraite » permet d’épargner pour sa retraite et c’est bien (à défaut de mieux).

Pourtant, faire l’hypothèse d’un retour sur investissement suffisant (car c’est bien de cela qu’il s’agit) au départ à la retraite du salarié, n’est pas franchement réaliste ! Suffisant pour lui apporter une pension de retraite décente, s’entend. Les bulles spéculatives et les supports toxiques flottent encore dans l’air…

Tout bien considéré, on en revient toujours à la même alternative : le système britannique est un système individualiste. Le montant de la pension capitalisée dépend principalement de la rentabilité du fonds d’investissement et du niveau de risque que le salarié aura pris (en optant pour telle ou telle formule).

Le système actuel en France est un système par répartition, un système de solidarité sociale qui reflète le mot « fraternité » gravé au fronton des écoles et des mairies.

Plus pour longtemps ?

 

Vous serez intéressé(e) aussi par "La réforme des retraites : un système ni simple ni juste"
et aussi par CSG : quand les retraités sont traités de privilégiés/

 

Ajouté le 4 mai 2018

Je viens de voir que le magazine Alternative Economiques en parlait déjà en 2012.

Sous le titre Retraites : la capitalisation capitule il écrivait :

« Avec la crise, les systèmes de retraite par capitalisation souffrent particulièrement. Au Royaume-Uni, la crise a accéléré un mouvement entamé de longue date. 90 % des fonds de retraite à prestation définie gérés par les entreprises y sont désormais fermés aux nouveaux entrants, en raison de la détérioration de leur situation financière et des risques trop importants qu’ils impliquent pour les entreprises. Pour les mêmes raisons, aux Pays-Bas, 125 fonds de pension (sur les 450 que compte le pays) vont réduire en 2013 le montant des allocations retraite qu’ils servent. »

Rien de tel que la retraite par répartition...  conclue le journal.

 

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