Reforme grandes dents

Réforme des retraites : que tu as de grandes dents

« Ma crainte est que le système ne soit pas juste, pas simple, pas équilibré financièrement », explique le Haut commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye dans une interview au Parisien. Soit. Qui ne souhaiterait pas que nos futures retraites soient plus justes, plus simples et bien financées ? s'étonne Alternatives Economiques. Mais derrière ce programme consensuel, auquel chacun peut contribuer grâce à une consultation citoyenne, se profile le risque d’une réforme purement politique. Et là je commence moi aussi à être inquiète.

Comme c’est ballot !

En fait, je m’étais inscrite à l’atelier citoyen sur la réforme des retraites organisé par Haut commissaire à la réforme des retraites car, naïvement, je pensais avoir des choses à dire.

Je suis trop naïve, vraiment.

Voici la réponse que j’ai reçue :



Vous avez répondu à l’appel à candidature pour participer à l’atelier citoyen sur la réforme des retraites organisé ce jeudi. Je vous en remercie chaleureusement.

Chargé par le gouvernement de coordonner et d’animer les travaux préparatoires à la réforme des retraites, il me semble en effet important d’y associer très largement les citoyens. Cette réforme nous concerne tous. Je souhaite qu’elle soit l’occasion d’un débat de société ouvert, qui laisse la place à la controverse et qui permette de « tout mettre sur la table » pour construire un système qui prend en compte les besoins d’aujourd’hui et répond à ceux de demain.

Là on a commencé par appliquer un baume pour emdormir le patient.

Vous avez été nombreux à vous porter candidat et nous avons dû procéder à un tirage au sort, qui ne vous a malheureusement pas été favorable.

Sbing !

Ensuite on assène un bon coup. Comme c'est ballot hein ! pas retenu dans le tirage au sort !!
Et pour finir, on en rajoute une couche :

Permettez-moi de vous remercier à nouveau pour votre engagement et votre mobilisation au service de cette réforme ambitieuse. Si vous souhaitez toujours participer au débat, dès le 31 mai, vous pouvez débattre, contribuez et donnez votre avis sur la plateforme de consultation citoyenne (https://participez.reforme-retraite.gouv.fr).

Vraiment, c'est la faute à pas d'chance, quand même ! Il est désolé que le sort n’ait pas retenu ma candidature ! Parce qu'il le dit bien : il veut un débat ouvert ! Il veut associer largement les citoyens.

Braves gens, circulez… noyez votre propos dans une plateforme où le Haut commissaire à la réforme des retraites ira faire son marché.

Le truc dont on ne discute pas

Il suffit d’aller y jeter un coup d’œil, à cette plateforme. Qu'est-ce qu'on y voit ? Je pourrais parler de la noix quand elle est fermée, comme dans la chanson de Trénet, le fou chantant…

On y voit la nuit en rond / Et les plaines et les monts / Les rivières et les vallons
On y voit mille soleils / Tous à tes yeux bleus pareils / On y voit briller la mer

Pour la réforme des retraites, c'est pareil…

Quand elle est ouverte / On n'a pas le temps d'y voir / On la croque et puis bonsoir
On s'est fait croquer… et c'est trop tard !

Voilà. Le projet de réforme pour un système dit universel est la base de la réflexion qui nous est offerte par le Haut commissaire.

Le système par répartition est d’emblée jeté à la poubelle.

Le bien fondé du système universel ? Un axiome, on vous dit !

Il ne s’agit pas de discuter du bien fondé du système universel, Non.
Le système universel est posé comme axiome.

Un axiome, vous savez ce que c’est ? Un axiome c’est une « proposition considérée comme évidente, admise sans démonstration ». C’est le truc dont on ne discute pas.

Donc la plateforme de consultation citoyenne est simplement là pour apporter des améliorations (à la marge) et donner aux gens le sentiment qu’ils participent à l’élaboration de cette politique des retraites.

« Le passage d’un système constitué de 42 régimes de retraite aux règles différentes à un système universel nécessite de mettre en place des règles communes à tous, lisibles et équitables. De fait, faut-il maintenir des spécificités pour mieux prendre en compte les particularités de certaines activités et de certains parcours ? »

Autrement dit, la réforme est présentée sous la forme bien connue : préférez-vous être riche et en bonne santé ou bien pauvre et malade ?

Et notre commissaire enfonce le clou. La proposition qui vient en tête de liste, sur le site, est la suivante :

« A revenus identiques, instaurer le même niveau de cotisations et les mêmes droits à retraites »

Qui serait contre, franchement ? (avec une belle faute de français en prime !)



Quel beau maquillage, c’est vraiment réussi

Dans les « propositions » que l’on peut lire sur le site, la neutralité actuarielle par exemple n’est jamais évoquée. Le thème principal soumis à la discussion n'en parle même pas. Pourtant, cette histoire de neutralité actuarielle est au coeur de la réforme.

Faut bien dire que cette notion est un peu compliquée à expliquer. Et que du coup, quand les gens comprendront ce dont il s’agit, ça risque de déraper.

Alors, pourquoi en parler ?

Un discours anesthésiant est de loin préférable. N’est-ce pas ?
Et le Haut Commissaire aux retraites fait super bien son boulot.

Pourtant, nous, on a essayé d'expliquer à quelle sauce nos enfants et petits enfants allaient être mangés.

Je vous donne aussi la conclusion de l’article d’Alternatives Economiques qui met le doigt là où ça fait mal…

« L’un des objectifs de la réforme consiste donc à remettre en cause le régime de retraite de la fonction publique. […] Davantage de capitalisation, le risque de retraites moindres pour tous et une remise en cause pour les fonctionnaires des modalités actuelles, telles sont les orientations possibles de la réforme des retraites que prépare ce gouvernement, décidément pas au service du plus grand nombre. »

Ça fera le buzz ?