Interview peur vive la retraite

Vive la retraite — Philippe et la peur à surmonter

Aujourd'hui je vous livre par écrit ce que m'a raconté Philippe, 66 ans, en retraite mais toujours journaliste dans l'âme.

La qualité audio de l'enregistrement vous aurait fait mal aux oreilles ! Alors, j'ai retranscrit l'essentiel du témoignage de Philippe. Voilà donc ce qu'il explique.

Avec nous aujourd'hui Philippe. Bonjour Philippe !
Bonjour Sylvie !

Oui, j’ai eu peur

Oui, j’ai eu peur au moment de prendre ma retraite…

Même si, pour des raisons diverses, on préfère arrêter de travailler, le moment venu on s'interroge.

Surtout quand on a l'habitude de partir le matin vers 6h — parfois 5h30 — pour rentrer chez soi à l'heure du diner. Et sans compter un à deux week-ends par mois partiellement ou totalement pris par une activité professionnelle exigeante.

Quand on travaille et que l'on a des centres d'intérêt multiples, on est souvent frustré de ne pouvoir les satisfaire, faute de temps bien sûr ! Alors après, on se demande si lesdits centres d'intérêt pourront suffire à remplir les journées, si l'on aura toujours envie de les pratiquer...

Est-ce que, quand il n'y aura plus rien d'autre à faire, est-ce que l'esprit y trouvera son compte ?  Et que dire pour ceux qui n'ont guère d'activités autres que regarder la télé ?

Oui, quand il n'y aura plus rien d'autre à faire… quand le travail, l'activité professionnelle ne sera plus là pour vous mobiliser toute la journée !

C'est bien connu. Certains vivent mal cette transition entre vie professionnelle et retraite. Pas seulement parce qu'ils s'ennuient ou du moins ont peur de s'ennuyer.

D'aucuns se sentent inutiles. Oui, ils ont l'impression de ne plus servir à grand chose quand ils ne travaillent plus.

Et pour ceux qui, comme moi, étaient tout de même connus (voire reconnus) dans leur univers professionnel, le fait de retomber dans l'anonymat total peut perturber.

J'avais peur de tout cela au moment où j'ai choisi de m'arrêter.

Pour moi tout s'est très bien passé

En ce qui me concerne, tout s'est très bien passé, je n'ai jamais eu la nostalgie des levers matinaux [rires].

Tout au plus, pour me sentir un peu utile, j'ai adhéré à mon association de lutte contre l'illettrisme. Ça m'occupe environ une demi-journée par semaine. J'en fais davantage quand à l'occasion on a besoin de moi. Et j'ai pris par ailleurs des responsabilités accrues au sein de mon club de bridge.

 

Je choisirais les mots "journal" et "golf". Pourquoi ?

Parce que je reste journaliste.

Il m'arrive d'écrire un papier et de l'envoyer à mon journal. Juste comme ça. Ecrire un livre c'est un gros travail. Mais peut-être. Eventuellement. je ne dis pas non. C'est un gros travail au niveau de la documentation et des interviews. Et puis ça ne s'écrit pas en un jour ! [rires]

Et golf… parce que je joue au bridge et que mes partenaires parlent souvent de golf. Ça me ferait sans doute du bien, physiquement je veux dire, de faire un peu de sport. Pourquoi pas le golf ?

Journaliste revigoré

Et dans les sentiments je choisirais "terrifié" et "revigoré".

Terrifié parce que, il faut être honnête, j'avais vraiment peur. Mais c'est du passé.

J'ai l'impression qu'après un début difficile, la peur au ventre comme je le disais, je suis aujourd'hui totalement revigoré.

Comment j'ai fait ? Ça c'est un longue histoire un peu compliquée. [rires]

Certains n'arrêtent jamais de travailler

J'ajoute pour terminer que certains n'arrêtent jamais de travailler. C'est un début d'explication.

Qu'ils soient médecins ou journalistes. Regardez Françoise Giroud, Patrice Duhamel ou Jean Daniel… Et dans vos podcasts, j'ai entendu l'interview de Bertrand, le médecin qui continue à souffrir du syndrome du dimanche soir ! [rires]

Je n'évoque que pour le fun les hommes politiques. Tenez, par exemple, Chaban Delmas ! C'est en 1995, à l'âge de 80 ans, et pas avant, qu'il a décidé de ne pas se représenter à la mairie de Bordeaux.

J'ai un ami chef de pub dans la presse où j'ai sévi qui n'a arrêté son activité qu'à 70 ans, comme il en a le droit. De toute évidence, c'est la crainte de ne pas savoir comment faire avec sa femme, dans leur nouvelle vie de retraités, qui l'a freiné. Ça lui faisait peur.

Vive la retraite

Alors oui. Je dis oui, vive la retraite !

Je me sens revigoré, prêt pour une nouvelle vie.

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